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Teurthéville-Bocage Chronique 1766-1791

Un article de Rodovid FR.

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Sommaire

[modifier] 1766

1764-1783 - Les enfants de la Route

acte du baptême de Tite Rigobert de la Route
acte du baptême de Tite Rigobert de la Route

Curieuse coïncidence : de 1764 à 1783, ce sont pas moins de dix enfants qui naissent de mamans célibataires, qui toutes ont pour patronyme «la Route». Sauf homonymies, il y a quatre mamans.

Suivant la délicatesse du scripteur, les petits sont dits «de père inconnu», ou nés «ex illicito coïtu»

Il s'agit de :

On peut insister sur le deuxième fils de Jeanne qui porte les prénoms improbables de «Tite Rigobert», soit les prénoms d'un apôtre puis d'un évêque canonisé. Tellement improbables qu'on se frotte les yeux à la lecture de l'acte de baptême.

Mais non, on le retrouve bien en 1801 à Varouville, où, s'il a perdu son premier prénom, il conserve le deuxième, et a bien la bonne date et le bon lieu de naissance, ainsi que la mention «fils naturel de Jeanne la Route».

La coïncidence pose question : s'agit-il d'une famille aux coutumes particulièrement atypique pour l'époque, ou d'une appellation méprisante de la part des hommes d'église pour désigner des femmes errant sur la route ?

La première hypothèse est la bonne : le patronyme la Route est attesté localement bien avant 1766.

Il semble que Jeanne la Route se soit toutefois mariée en novembre 1772, s'il ne s'agit pas d'une homonymie.

Bonne de la Route aura moins de chance. Elle décède le 2 janvier 1774, et son petit Louis Alexis fera de même le lendemain. Plus probablement le passage d'une épidémie que le signe d'un abandon.

[modifier] 1772

Demande d'autorisation de mariage.
Demande d'autorisation de mariage.
Autorisation d'inhumer
Autorisation d'inhumer

Le mariage du soldat
Le registre de Teurthéville a ceci de particulier qu'on y trouve plusieurs documents qui ne sont pas les actes habituels. Il en est ainsi de cette demande d'autorisation de mariage, faite par Jean François Valognes, natif de Sauxemesnil, tiré au sort en 1769 pour faire partie du «régiment de sa majesté à Caen».

Notre Jean François demande cette autorisation parce qu'il a trouvé un «bon parti». Le fait que la future soit veuve n'est peut-être pas étranger au fait d'être un bon parti, mais l'histoire ne le dit pas.

Quoiqu'il en soit, la demande est faite le 12 septembre et la réponse (en marge) est datée du 15. Le mariage est célébré le 26. Malgré la distance Teurthéville-Caen, l'affaire est rondement menée.

Pour finir c'est la formule de politesse à l'adresse de l'intendant qui amuse :
[Jean François] ne cessera, Monseigneur, d'adresser ses vœux au ciel pour la conservation de votre grandeur.

Avec ça, le refus de l'autorisation eut été malvenu…

La mort du blatrier
Autre document intéressant : l'autorisation d'inhumer François Bazire, blatrier de métier (autrement-dit marchand de blé), trouvé raide mort dans le bois de Bosné sur la paroisse du Vast le 11 janvier. Le bonhomme est quand même âgé de 78 ans, mais n'ayant pas reçu l'extrême onction, une enquête est ouverte et c'est le 14 que l'autorisation d'inhumer est donnée par le bailliage de Saint-Sauveur-le-Vicomte.

[modifier] 1774

Bonne ambiance chez les sieurs Simon
Le 11 avril, Jean Hervé Simon épouse enfin Jeanne Louise Baubigny. De fait, cela fait deux ans que Guillaume Louis, frère de Jean Hervé, s'oppose au mariage en question.

Cette famille Simon, si elle ne s'embarrasse pas de particule, n'en est pas moins aristocratique, et compte de très grands «propriétaires» terriens dans le Cotentin.

L'opposant au mariage est «sieur du Buisson», l'opposé (si l'on peut dire) est «sieur du Longpray».

Bref, c'est après de multiples pérégrinations entre Caen et Valognes parmi des tribunaux dont la fonction nous échappe que le curé de Morsalines parvient à marier nos tourtereaux dans l'église de Teurthéville, quasiment en catimini : il ne figure personne des familles concernées parmi les présents, sauf peut-être précisément le curé qui porte le même nom que la maman de la mariée.

Évidemment, après de telles complications, un fils leur naîtra un mois plus tard…

Le «troisième enfant jumeau», fils du cabaretier.
Gervais Bellot fils du cabaretier, nait dans la nuit du 24 au 25 novembre. L'acte qui suit est le baptême de Prothais Bellot, décrit comme étant «troisième enfant jumeau», ce qu'on n'est pas sûr de déchiffrer correctement.

Hélas, plus loin au chapitre des inhumations on découvre le deuxième triplé, qu'on aura pas eu le temps de nommer, inhumé le 25. Et l'histoire finit très mal, puisque Germain et Protais sont inhumés ensemble le 27.

Du passage des épidémies ?

Mortalité comparée Tamerville (T) - Teurthéville-Bocage (TB).
Mortalité comparée Tamerville (T) - Teurthéville-Bocage (TB).

Puisqu'on commence à avoir des dépouillements exhaustifs comparables dans Rodovid FR, il est possible de se livrer à certaines expériences, que seul ce site de généalogie permet de développer.

On constate, sur le graphique ci-contre, deux pics de mortalité sur deux paroisses du Val de Saire, dans l'actuelle Manche, en 1767 et 1773. Il s'agit de Tamerville (dépouillement réputé exhaustif sur la totalité des registres) et Teurthéville-Bocage (dépouillement en cours).

Pour une seule paroisse on pourrait penser qu'il y a eu des accidents spécifiques, ce qui semble être le cas en 1765 à Teurthéville.

Pour deux paroisses, on pense plutôt à une mauvaise grippe ou une quelque chose de plus grave. N'étant pas démographe, on se gardera bien de répondre, mais deux épidémies expliqueraient parfaitement ce phénomène.

La poursuite de cette étude est visible sur cette page.

[modifier] 1775

Valburge de la Route
Catherine De la Route met au monde une petite Valburge le 27 février, toujours de père inconnu. La fréquence des enfants de maman célibataire portant des prénoms abracadabrants dans la famille devient époustouflante.

Un peintre à Teurthéville
Louis Trohel, baptise sa fille Marie Françoise Madeleine le 19 mars, puis son fils Louis Guillaume le 10 juillet de l'année suivante. Dans les deux actes il est désigné comme «peintre». Étant donné le rang important des parrains et marraine (à savoir le curé et sa sœur pour la petite, puis le «patron» de Teurthéville et sa femme pour le garçon), on est porté à croire que le bonhomme était un «artiste peintre».

  • Un peintre en bâtiment n'aurait probablement pas eu beaucoup de chantiers aux alentours, et encore moins de chance de côtoyer la haute noblesse de la paroisse.
  • On doute que le métier ou la fonction de «peintre en bâtiment» soit opérationnelle en cette période.
  • Le bonhomme a une signature élégante, manifestement un lettré.
  • L'insistance systématique sur son métier, à chaque fois qu'il est nommé dans un acte (ce qui arrive souvent) est significative.

Mais tout ça n'est pas certain. On ne trouve pas trace - pour l'instant - d'un Louis Trohel artiste sur le web. à vérifier, donc, mais il aurait probablement pu commettre les décorations des châteaux, manoirs et église des environs.

Coup de théâtre au moment du baptême
Décidemment, les enfants de maman célibataires ne font rien comme personne à Teurthéville… Charles Robert, fils de Marie Madeleine Baude, voit son papa (charles le Biez) débarquer dans l'église pour déclarer sa paternité au moment du baptême. Belle histoire en ce 28 décembre 1775.

[modifier] 1777

Cauqueville, écriture phonétiquement juste pour l'actuelle "Cosqueville" en 1777
Cauqueville, écriture phonétiquement juste pour l'actuelle "Cosqueville" en 1777

De l'orthographe des noms de lieux
Les noms de lieux du Cotentin sont aujourd'hui encore écrits d'une manière désuète et souvent incompréhensible. Pour donner quelques exemples on peut citer «Quettehou», qui se prononce "Kettou" (en insistant sur le double "t"), «Le Vast» (Le vâ), ou encore «Sauxemesnil», qui se paye le luxe d'avoir des panneaux indicateurs écrits comme tel, alors que l'INSEE préconise "Saussemesnil" qu'il faudrait évidemment prononcer "Sôceménil" voire "Sôméni".

En bref, cette orthographe particulière reprend le cas courant de «fenêtre», qui s'est longtemps écrit "fenestre" et dont il reste la trace dans "défenestrer". Les "es", "as" et "os" se sont transformés en "ê", "â" et "ô".

Or on lit que les hommes d'église de Teurthéville étaient en avance sur leur temps, témoin le mariage de Pierre Tolvast et Bonne Marie Charlotte Poutas, dans l'acte duquel la mariée est dite originaire de «Cauqueville», et où il faut évidemment reconnaître "Cosqueville", encore écrit à l'ancienne aujourd'hui. On trouve dans le registre de nombreux exemples équivalents.

«Cauqueville» était pourtant une bonne idée, qui aurait évité d'entendre le curieux "cossequeville" souvent prononcé aujourd'hui. Idem pour Vrasville, Martinvast, Tollevast, Saint-Vaast-la-Hougue (qu'on a entendu prononcer "Saint-Va-Haste-la-Hougue-Hue" [sic]) et autres Benoistville ou Carteret ("Kartré" et pas "Quarteuré").

Tout ça n'est pas grave, les langues ayant leur propre évolution, on pardonnera bien volontiers à ces communes de changer petit à petit de nom, ce qu'elle font de toute façon depuis leur origine paroissiale.

Mais ces bonnes idées d'écriture de la fin du XVIIIe siècle étonnent cependant. Le fait que Louis Augustin Allix, maître d'école, soit prêtre à Teurthéville n'y est surement pas pour rien. Le bonhomme avait probablement l'ouïe fine et la culture avancée.

Inhumation de Suzanne Perouelle
Inhumation de Suzanne Perouelle

La «metresse» d'école
Voilà une grande dame qui n'est probablement pas pour rien dans la modernité des écritures signalées ci-dessus. Suzanne Perouelle décède le 5 mai.

Son acte d'inhumation est particulièrement touchant:

  1. Suzanne Perouelle originaire de la paroisse de Théville et demeurante en
  2. cette paroisse depuis trente trois ans en qualité de metresse [sic] d'école ayant
  3. instruit la jeunesse dans la religion les bonnes mœurs et les sciences avec
  4. édification et succès et décédée du jour d'hier après avoir participé
  5. aux s[ain]ts sacrements de l'église dans la cinquante septième année de son
  6. âge a été ce jourd'hui inhumée dans le portail du côté de l'évangile
  7. par monsieur Trohel des Mares de cette paroisse présence du clergé
  8. soussigné ce sixième jour de mai mil sept cent soixante dix sept

Nicolas d'Ozouville, curé - Cleret, vicaire- Louis Augustin Allix, prêtre et maître d'école - Goubert, prêtre.

On constate 4 faits significatifs dans l'acte

  1. Il n'y a pas le mot «environ». Pourtant les durées ne sont pas simples à quantifier "33 ans et " "57 ans"… Même si les pistes de recherche (Geneanet) semblent indiquer qu'elles sont fausses.
  2. On connait peu (ou pas) de tels hommages rendus à des femmes (qui plus est roturières) dans les registres de cette époque. Elle est d'ailleurs inhumée dans l'église, le "portail" correspondant très certainement à la première travée de la nef, où on trouve habituellement le baptistère.
  3. Elle est dite avoir enseigné "les sciences". Que recouvrait donc ce terme en 1777 ?
  4. Étonnante modernité du langage : «maîtresse d'école», «instruction», «science»… Il semble y avoir quelque chose de particulier à Teuthéville dans cette période.

Tout ceci, combiné au fait que Louis Augustin Allix, prêtre est aussi «maître d'école» dans la même période, explique certainement le grand nombre inhabituel de personnes qui savent signer correctement dans la paroisse.

[modifier] 1778

Une portion de baptême.

Curieuse formulation pour le baptême de Marie Louise Le Loy, fille de Guillaume et Marie Grisel:

  1. Marie Louise fille de Guillaume le Loy cordonnier de cette paroisse
  2. et de Marie Grisel sa femme, née de la nuit dernière, a été baptisée
  3. par monsieur Beslon curé de Sainte-Croix-Hague pour la première
  4. portion présence du sieur curé de cette paroisse, le parrain monsieur
  5. Allix prêtre et maître d'école de ce lieu assisté de noble demoiselle Marie
  6. Françoise Bonaventure Dozouville soussignés le douze mai mil
  7. sept cent soixante dix huit

(C'est nous qui soulignons)

Par «première portion» il faut sans doute entendre l'ondoiement, ici pratiqué sans urgence, le baptême consistant à l'époque à ondoyer puis à nommer l'enfant. Comme nous n'avions jamais rencontré la formule, cela reste hypothétique.

[modifier] 1781

Fait divers
Le neuf juin, Nicolas d'Ozouville, curé de Teurthéville écrit un acte d'inhumation d'une rare violence pour Anne Le Cannelier :

Inhumation :

  1. Le neuf de juin fut inhumé le cadavre d'Anne le Canelier
  2. veuve de Louis Jean en conséquence de la main levée des
  3. officiers du bailliage criminel de Valognes y recours
  4. D'Ozouville

Le terme "cadavre" est inédit, le manque de date de décès rare, l'absence de témoins probablement fautive. Nous sommes très certainement en présence d'un fait-divers, mais il est peu probable qu'on y comprenne quoi que soit.

Hécatombe familiale dans une famille de ventiers
le 15 aout Marie Le Tourneur, décède. Le 22 septembre Sa sœur Madeleine a la mauvaise idée d'en faire autant. Le 6 octobre, Anne Le Tourneur, leur nièce qui a pratiquement le même âge, passe l'arme à gauche à son tour.

Le père et grand-père de ces petites est (selon le vicaire de Teurthéville) bucheron. Autant dire ventier.

Fait troublant, sa petite-fille est clairement identifiable dans un acte de baptême odieux, établi à Couville. Extrait :

  1. […] une fille née de ce jour
  2. ex illicito des œuvres de anne Le tourneur de la paroisse
  3. de Quetot [sic] réfugiée secrètement depuis quelques jours
  4. en cette paroisse […]

Bref, ces années n'ont pas dû être bien drôle dans la famille.

[modifier] 1783

Fait divers ?
Forcément, a posteriori l'acte fait sourire puisque la veuve Tourainne n'est pas forcément plus âgée que le défunt. :

  1. Le dix de juin en l'année mil sept cent quatre vingt trois
  2. le corps de Thomas Eustache Tourainne natif de la
  3. paroisse du Theil, trouvé mort ce matin chez la veuve
  4. Jacques Adrien le Fauqueur, étant âgé de vingt huit
  5. ans a été inhumé dans le cimetière de ce lieu après en
  6. avoir obtenu main levée de monsieur Heurtevent sieur
  7. de la Haule, conseiller du roy, lieutenant criminel au
  8. bailliage de Valognes, signé Heurtevent, ladite inhumation
  9. a été faite par monsieur l'abbé d'Ozouville, curé de cette
  10. paroisse en présence du sieur vicaire et de Michel
  11. Ingouf custot

Mais on peut quand même remarquer un fait important : la rapidité d'action du «lieutenant criminel», qui vient de Valognes, distant de 12 km, soit deux bonnes heures, même à cheval. Donc, dans la journée, on constate le décès, on convoque la police, on creuse la fosse, et on y dissimule le coquin.

[modifier] 1784

Marié deux fois dans l'année
Pierre Le Hartel se marie deux fois dans l'année

  1. le 17 février avec Anne Cadel, qui décède le 21 juin.
  2. le 11 novembre, dans la précipitation, avec Marie Jeanne Besselièvre, qui doit avoir seulement 16 ans. (Nous ne sommes pas tout-à-fait surs d'avoir identifié la bonne personne). Dispense de deux bans attribuée quelques jours avant. Pour ce deuxième mariage, l'époux est identifié sans ambiguité : «Pierre Hartel veuf d'Anne Cadel fils mineur de Guillaume et de Michelle le Bret de la paroisse de Hauteville et demeurant en cette paroisse depuis plus d'un an». C'est moins clair pour la mariée : «Marie Jeanne Besselievre fille mineure de Louis Marchand Mercier et de Marie Anne Boisnelle de cette paroisse». S'il s'agit de Jeanne Marie Françoise (et pas de Marie Jeanne) elle n'aurait donc que 16 ans.

On sent le curé d'assez méchante humeur, puisqu'il envoie au charbon un jeune prêtre fraichement ordiné : de la Fontaine Jacquette, prêtre, d'autant que l'inhumation de la première épouse a réuni un clergé de haut vol 6 mois plus tôt.

L'honneur est à peu près sauf, leur fils naîtra le 3 septembre de l'année suivante, soit 10 mois après le mariage. Et cette fois encore ce sont des "Simon de Bertheauville" qui sont parrain et Marraine : le gotha de Teurthéville…

Reste que l'ensemble des actes reste confus, en ne citant pas tous les prénoms des mariées. Comble de malchance, les parents Besselièvre sont réputées avoir eu deux autres filles prénommées «Marie Louise» (Cf. CG50) mais l'acte de baptême de la deuxième est précisément dans une lacune de la mise en ligne du registre…

Faute de savoir comment débrouiller l'affaire, nous avons donc créé une fiche pour Marie Jeanne Besselièvre, sachant pertinemment qu'elle est à fusionner avec une des ses nombreuses sœurs «Jeanne» ou «Marie».

[modifier] 1785

Signatures au bas de l'acte de mariage.
Signatures au bas de l'acte de mariage.

Jean Cornière, Marie Maugis, Jean le Loy, Charlotte Hamelin : un siècle de mariages.


le 24 septembre, Marie Maugis veuve Corniere épouse «Jean le Loy fils Majeur de Pierre artisan de la paroisse de Tamerville et de Marie Besnard ses père et mère demeurant en cette paroisse depuis le temps de droit».

Tout fier de notre dépouillement exhaustif des registres de Tamerville transcrit consciencieusement dans Rodovid, on ne tarde pas à trouver Jean Pierre Le Loy (Le Louey, Lelouey) fils de Pierre (artisan) et Marie Françoise Besnard, qui semble répondre aux critères voulus.

Mais il y a un os de taille : notre Jean Pierre décèdera en 1824, veuf de Charlotte Victoire Hamelin, et surtout il a 23 ans de moins que Marie Maugis/Mauger. Nous voilà extrêmement vexés de l'imprécision de notre travail.

On ne s'avoue pas vaincu et nous voilà parcourant l'excellent site du cercle généalogique de la Manche. Or, les dates commencent à s'ajuster rigoureusement

  • 1715 : naissance de Jean Cornière à Teurthéville
  • 1737 : naissance de Marie Maugis/Mauger à Teurthéville
  • 1760 : naissance de Jean Pierre le Loy à Tamerville
  • 1765 : mariage de Marie Maugis avec Jean Corniere
  • 1776 : décès de Jean Cornière.
  • 1785 : mariage de Marie Maugis avec Jean Le Loy
  • 1810 : décès de Marie Maugis à Saint-Germain-de-Tournebut
  • 1811 : mariage de Jean Pierre Le Loy avec Charlotte Victoire Hamelin, toujours à Saint-Germain
  • 1822 : décès de Victoire Hamelin à Tamerville
  • 1824 : décès de Jean Pierre le Loy à Tamerville aussi

Les pièces du puzzle paraissent assemblées, mais il reste la curieuse différence d'âge entre Jean Pierre et Marie. 23 ans, ce n'est pas une paille, surtout quand c'est le mari qui est le plus jeune.

trajets exceptionnellement longs effectués par l'officiant et le témoin du mariage
trajets exceptionnellement longs effectués par l'officiant et le témoin du mariage

C'est la lecture complète de l'acte de mariage de 1785 qui nous fait cependant penser que ce puzzle est en place. L'officiant est désigné ainsi :
«noble homme messire Victor Simon de Poisson de Croix Mare, curé de Notre Dame de Loucelles diocèse de Bayeux»
La première particule est fautive, mais en fouillant un peu, on trouve bel et bien un Poisson de Croixmare[1], Victor Simon de ses prénoms, curé du Bessin ayant eu maille à partir avec la révolution.

Dans l'acte on trouve aussi un curieux témoin :
«François Talent de la paroisse de Nonant exemption de Verson diocèse de Lisieux»
Et effectivement, bien que toute proche de Bayeux, la paroisse de Nonant fait partie de l'exemption de Verson, proche de Caen. Elle est en conséquence dans le diocèse de Lisieux, et pas dans celui de Bayeux. Ce qui nous fait deux personnes parcourant 100 km pour venir au mariage : deux jours de voyage tout à fait exceptionnels surtout qu'il s'agit de marier des gueux illettrés : ils marquent avec des croix.

On trouve encore des pistes à suivre, cette fois via Geneanet. Poisson de Croixmare serait le frère d'une Marie Jeanne épouse de Jacques André François d'Ozouville. En termes brefs il serait le beau-frère du curé de Teurthéville. Quant à François Tallent[2], si on en trouve plusieurs mentionnés à Nonant, on n'a pas trouvé de lien pour l'instant.

En gros : pour une union atypique, il y un mariage exceptionnel. Le pourquoi nous échappe, mais on peut inventer de très jolis scenarios.

Au final, on comprend que Marie Maugis s'est effectivement mariée deux fois, et que ses deux époux successifs avaient 45 ans de différence d'âge. ça a dû la changer…

[modifier] 1786

De la misogynie des vicaires

En janvier 1786, Yves Esnault remplace Jean Pierre Langevin en tant que vicaire à Teurthéville.

Cela ressemble à une rétrogradation pour le partant, qui est désigné comme «prêtre à Rauville-la-Bigot», depuis la fin de 1785…

Le ton des registres change instantanément :

  • Les femmes sont invitées à signer (ou marquer) comme témoins, au bas des actes de mariage, ce qui n'arrivait jamais avec Langevin.
  • Esnault reprend une formulation désuète des actes de Baptêmes. Au lieu de citer d'abord le parrain, puis la marraine -ce qui place toujours l'homme en premier- il déclare l'enfant «nommé par quelqu'un assisté par quelqu'un d'autre». Ce qui devait correspondre à une hiérarchie entre parrains et marraine, met la marraine en tête la plupart du temps…

Par ailleurs Esnault devait se faire une idée assez précise du rôle des registres à l'avenir : son écriture est soignée et belle à lire, entre autres avec des lettrines élégantes. Mais surtout le nombre de renseignements donnés dans chaque acte augmente considérablement. Liens de parentés, lieux de naissance sont abondamment cités, comme dans l'acte de décès de Marguerite Chanteloup le 8 octobre 1786, qui permet de resituer tout le monde dans sa généalogie.

Avec quelques années de retard, nous lui adressons nos sincères remerciements…

…même si l'écriture des inhumation des hommes adultes reste aussi pingre qu'avant, sans jamais indiquer de lien de parenté.

[modifier] 1788

De Revolutionibus
Le 22 janvier, Thomas Trohel sieur des Fontaines, marie sa fille Marie Thérèse. Il est décrit comme «député en l'assemblée municipale de l'élection de Valognes pour le Tiers-État.»

L'histoire est en route.

[modifier] 1789

C'est un cap !
Le 2 juillet, naissance de Bonne Espérance Amiot. C'est d'autant plus amusant que les chantiers navals «Amiot» seront bien plus tard très connus dans le Cotentin.

14 juillet :
Rien.

[modifier] 1790

La signature « Deslandes Bourdet »
La signature « Deslandes Bourdet »

Une histoire Deslandes
Le 31 août Marie Françoise Deslandes se marie avec Jacques Pierre Marc Laisné.

Quelque chose surprend de prime abord à la lecture de l'acte puisqu'elle est dite fille naturelle de Marie Françoise Le Bunetel : la non-concordance des noms de famille est tout à fait inhabituelle. On l'aurait compris s'il s'agissait d'un matronyme, mais ce n'est pas le cas.

On trouve cependant son acte de baptême à Montaigu-la-Brisette, où on ne lui attribue pas formellement de nom de famille.

Son mari nous était connu puisque natif de Tamerville. Et d'ailleurs on apprend en continuant la lecture qu'ils sont mariés par Jean Baptiste Bourdet, précisément curé de Tamerville. Ce qui nécessite une dispense signée à Valognes et l'accord de Nicolas d'Ozouville, curé de Teurthéville.

L'affaire devient de plus en plus atypique.

Elle pourrait s'éclaircir en regardant la liste des présents, parmi la famille du marié, la maman de l'épouse on trouve un certain « Charles Augustin Bourdet sieur Deslandes ». Ah tiens, Deslandes comme le nom de famille de la mariée…

On ne serait pas trop surpris que le sieur en question soit le papa de la mariée, et qu'il soit parent du curé…

On trouve d'ailleurs dans nos tablettes Charles François Augustin Bourdet, « homme d'affaire de Monsieur de Chiffrevast », qu'on reconnait formellement à sa signature : "Deslandes Bourdet".

Nous avons signalé cette paternité à titre d'hypothèse.

[modifier] 1791

Bouleversement dans le clergé de Teurthéville. Nicolas d'Ozouville, curé jusque là, est remplacé au mois de mai par Pimor, prêtre et régent du collège.. Yves Esnault, vicaire disparait des radars.

Et on voit encore passer une épidémie : décès à tous âges et remarque formelle de la part du nouveau curé : la mention « par maladie de contagion » est portée dans les actes d'inhumation de

Toutes ces personnes sont inhumées le jour même de leur décès et pas le lendemain comme il est d'usage.

Curieusement cette épidémie reconnue comme telle sur le moment, ne provoque pas de hausse sensible du nombre des décès sur l'année : 30 au lieu de 29 en 1790. 30 décès aussi en 1791.

[modifier] 1792

Le renouvellement du clergé se poursuit : Nicolas Langlois, vicaire, et Isidore Ozouf, sous-diacre, maître d'école. commencent à signer le registre au mois d'avril.

Et ce n'est pas si simple, en décembre de la même année, ledit Langlois se met à signer : Nicolas Langlois, prêtre, maître d'école..

Curieusement ils sont mentionnés comme « maître de Colle »

à nouveau des mentions d'une épidémie : Thomas Le Poetvin (Fils de Pierre) (Le Poittevin, n. 1771 calculé d. 23 février 1792) décédé « par maladie de contagion » le 23 février.

[modifier] 1793

On ne serait pas trop surpris que ces hommes d'église disparaissent parce qu'ils sont réfractaires. Habituellement l'évêché renouvelle ses troupes au 1er janvier, ce qui n'est pas le cas ici.

Le registre des baptêmes de 1793 commence dans une très étrange cacophonie : c'est le curé Pimor qui baptise, et c'est Louis Vautier, officier public, qui signe le baptême de Marie Jeanne Félicité Folliot.

La situation semble tendue.

Le 3 février on trouve la première mention d'un maire : Bon Jacquette, maire., dans le baptême des jumelles Louise Geneviève et Jeanne Fichet. Il est d'ailleurs le parrain de la deuxième.

Le 22 mars, la cacophonie est à son comble, même si on assiste à la rédaction du premier acte de naissance du registre :

L'acte est remarquable, mélangeant allègrement vocabulaire religieux et civil, rituel catholique et procédure administrative.

  1. Du vingt-deux mars mil sept cent quatre vingt
  2. treize, Louis Oger, né du jour du huit,
  3. pour père Louis Oger de la paroisse du Vast
  4. et pour mère Thérèse Fenouillère veuve de Charles
  5. Le Goupil de cette paroisse et nommé par
  6. Thomas Le Goupil, (marinier ?) assisté de sa sœur tous
  7. deux de cette paroisse, lesquels ont signé avec
  8. nous le présent acte - Thomas le Goupil
  9. Louis Vautier officier public - Bonne le Goupil

Il semble que les parents ne soient pas mariés, ce qui a peut-être motivé la disparition de la mention de baptême dans l'état-civil.

Mais on constate que notre officier

  • n'utilise toujours pas le calendrier révolutionnaire
  • parle de paroisse et pas de commune
  • et décrit les témoins comme des parrain et marraine puisqu'ils nomment l'enfant !

[modifier] Notes et références

  1. La déportation du clergé orthodoxe pendant la Révolution; registres des ecclésiastiques Ce Victor Simon figure dans une liste de Ecclesiastiques insermentes embarqués dans différents ports de France
  2. Piste de recherche pour François Talent : Geneanet
Джерельна довідка за населеним пунктом