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Paul Guibé

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Voir aussi Paul Guibé Chronologie pour la bibliographie.

Portrait photographique de Paul Guibé (MTDD)
Portrait photographique de Paul Guibé (MTDD)

Sommaire

[modifier] Biographie

Paul Marie Guibé[1], né le 8 octobre 1841 à Saint-Brieuc, et mort le 20 septembre 1922 à Paris dans la station de métro Étoile, est un sculpteur français. Ses œuvres les mieux connues sont concentrées dans sa ville natale.

[modifier] 1841-1867 Jeunesse

Il naît dans une famille de marchands à Saint-Brieuc, le quatrième d’une fratrie de six. Son père est issu d’une longue lignée de normands de l’Orne. Il reçoit une formation de menuisier, et à 19 ans il exerce ce métier à Paris. Insensiblement son métier s’enrichit d’une pratique de la décoration sculptée, puis de la sculpture. Les commandes doivent être de plus en plus complexes. Toujours est-il qu’en 1867 quand il se marie à 26 ans avec Eugénie Lebreton qui n’en a pas encore 16, il signe «Paul Guibé Sculpteur». La bascule vers un métier plus aventureux est déjà faite.

[modifier] 1867-1885 «Le Michel-Ange briochin».

Commence alors sa période la plus productive, qui laisse de nombreuses traces dans les revues érudites de l’ouest de la France, et aux États-Unis. À noter que si le bulletin de la «Société d’émulation des Côtes-du-Nord» est si prolixe sur sa production, c’est tout simplement qu’il en est membre. Dès avant 1872 il exporte une partie notable de sa production en Amérique. Il fréquente un étonnant groupe de sculpteurs exerçant à Saint-Brieuc et aux alentours, principalement constitué par Pierre-Marie-François Ogé, et Élie Le Goff. Mais il connait aussi Henri Chapu, à Paris, dans l’atelier duquel il travaillera, tantôt en collaboration, tantôt de manière autonome. Il semble que ce Chapu ait décidé de lui donner un coup de pouce en abritant l’élaboration des quelques grandes pièces que Guibé aura l’occasion de réaliser. C’est dans ces années qu’on authentifie le plus formellement ses réalisations. Il faut en citer les deux principales qui sont pour le moins des tours de force.

[modifier] La chaire monumentale de la basilique Notre-Dame de l’Espérance à Saint-Brieuc.

Chaire monumentale, Saint Brieuc. (MTDD)
Chaire monumentale, Saint Brieuc. (MTDD)
C’est un assemblage sculpté de plusieurs centaines ou peut-être milliers de pièces de bois de chêne: à n’en pas douter, une véritable prouesse de charpente et d’ébénisterie, même si c’est une œuvre d’art dont on peut discuter la valeur. En aout 2009, l’ensemble d’environ 6,50 mètres de haut, 3,60 mètres de long et 2,40 mètres de profondeur, reste parfaitement assemblé, pratiquement aucun des montages chevillés n’est ouvert, sauf des joints, rectilignes et judicieusement placés, qui permettent les inévitables dilatations et retraits de l’énorme volume du socle. Il est vrai que les conditions hygrométriques caractéristiques de l’église sont suffisamment stables. On voit là que sa formation de menuisier n’est pas une usurpation. Mais au-delà de l’aspect technique on reste étonné par le souffle épique qui règne au pied de cette chaire. Moïse entouré des prophètes Élie et Jérémie, ce dernier pleurant sur les ruines de Jérusalem forment un groupe délié et très expressif. La gestuelle est dégagée des contraintes de la statuaire en bois, elle oublie complètement le volume du tronc d’arbre. On pourra rester nettement plus sceptique quant aux étages supérieurs, qui mélangent des parties d’architecture néo-gothique et des représentations de Saint Pierre et Saint-Paul en pied (encadrant la chaire proprement dite), et finissant tout là haut par un Christ en Gloire, plus grand que nature, juché sur le toit de la tribune. L’effet de superposition est très étrange, la taille des personnages allant crescendo vers le haut. Par ailleurs, Guibé est trahi par son matériau. Même s’il le maîtrise avec virtuosité, l’ensemble a été copieusement ciré et verni. Le chêne très sombre, et les multiples reflets font que les masses se fondent et sont difficiles à distinguer dès qu’on s’en éloigne de quelques pas.

Guibé a fait des esquisses à l’échelle 1, en plâtre, au moins pour le Moïse et Le Jérémie. Il a présenté ces deux plâtres au salon des artistes français, en 77 pour le Moïse, 78 pour Jérémie. Cela lui vaudra un article dans Revue de Bretagne et de Vendée, dans lequel il est surnommé le «Michel-Ange briochin» sans ironie, et de manière bienveillante. Cette chaire (ou son esquisse en plâtre) a fait un voyage aux Amériques pour être montrée à l’exposition universelle de Philadelphie en 1876.

Le tout est objectivement une allégorie du Christianisme Triomphant, Jésus dominant les pères de l’Église, dominant à leur tour les prophètes de l’Ancien Testament, dans une hiérarchie clairement ordonnancée, tant plastiquement que religieusement. Aussi, il n’est pas surprenant de retrouver la même allégorie sur un mode mineur dans le détail des ruines de Jérusalem que pleure Jérémie: l’architecture gothique de la tribune, écrase un chapiteau corinthien basculé qui est tombé sur une représentation archaïsante du Temple, réduit à la dimension d’un coffre. Le chapiteau évoquant indifféremment l’antiquité ou l’âge classique, ce détail prend une allure de manifeste néo-gothique en soi. Notons aussi que son Moïse cornu (représentation conventionnelle, mais pas si fréquente qu’on veut bien parfois le dire) lorgne d’évidence du côté de Michel-Ange. C’est le même avec 15 ans de plus, et le génie en moins. Cette brève analyse n’est pas là pour dire que notre homme était extraordinaire, mais pour marquer qu’il est lettré, qu’il a des références, de la culture. Peut-être un peu trop : coller Michel-Ange dans une architecture moyenâgeuse ne se fait pas sans difficulté !

[modifier] Retable monumental du Maître-autel de la cathédrale Saint-Patrick, New-York

Retable N.Y. tiré de Church Building...
Retable N.Y. tiré de Church Building...

Guibé livre la Chaire de Saint-Brieuc en 1878. En 1879 est inauguré à New-York un ensemble bien plus grand. C’est encore un mobilier d’église, mais en pierre cette fois ci. Emporté par le goût néo-gothique, il se surpasse et réalise une sorte de mini église dans l’église, de 10 m. de large par 15 m. de haut. L’ensemble est parcouru de pinacles de colonnettes, et d’écoinçons, peuplé de statues tour à tour de la main de Guibé ou de Joseph Sibbel, sculpteur allemand, émigré aux états unis. Une fois encore la notion de projet parcourt le travail avec une acuité évidente. Le tout est sculpté en France, en pierre de Poitiers, en prévoyant l’installation dans une architecture existante, l’intégration des statues d’un autre, et les raccords avec l’autel à proprement parler, réalisé par un architecte-sculpteur italien, Luca Carimini. Guibé a réalisé des esquisses en plâtre qu’il expose au salon de la société des artistes français dès 1877 Les quelques rares documents photographiques disponibles étonnent. Cela ressemble au sommet de la façade d’une cathédrale gothique, une sorte d’homothétie du bâtiment qui l’abrite. Cette fois ci la partie purement décorative et quasi architecturale prend le dessus. L’ensemble a été démonté dans les années 1940, pour laisser place à un nouveau maître autel qui laisse passer la vue vers une nouvelle chapelle aménagée dans l’axe de l’abside, qu’évidemment l’énorme retable aurait cachée. Si on sait ce que devient l’autel (il est déposé, débité et remonté dans le désordre dans la chapelle de l’université jésuite de Fordham à New-York) il reste de gros doute sur le devenir du retable. Bien trop grand pour la chapelle jésuite (dont le plafond est à seulement treize mètres de haut) Il est possible que des parties ou l’ensemble de l’objet ait été remonté dans la Cathédrale catholique arménienne de Brooklyn, ex paroisse catholique Saint Vincent de Paul. Église hélas fermée au public depuis 2003.

Très curieusement, l’année 1879 voit aussi Guibé faire des demandes de subventions auprès du conseil général des Côtes-du-Nord (actuelles Côtes d’Armor) pour faire ses études à Paris dans l’atelier d’Henri Chapu sculpteur enseignant aux Beaux-Arts.

Durant toute cette période, il mène une grosse offensive parisienne, il y expose au Salon tous les ans de 1877 à 1883, en 1885, de 1887 à 1890, et enfin en 1898, 1900 1905 et 1907. Il y montre principalement des médaillons en plâtre et en bronze. Le buste en plâtre du Chanoine Prud’homme lui vaudra une mention honorable en 1883. C’est probablement le portrait qu’on retrouve intégré dans une de ses plus fines réalisations, le Mausolée du chanoine en question, dans la même église que la chaire de 1878. On sent le sculpteur en pleine possession de ses moyens, délivré de la tentation spectaculaire. Le Chanoine allongé, contemple la vierge Marie d’un visage emprunt de bonté expressive. Si la décoration néo-gothique montre encore une fois le bout de son nez empesé, sous la forme de modillons, et d’un nuage maladroit portant la vierge, cette fois ci, c’est de manière discrète.

Cette sculpture est dite réalisée en collaboration avec, ou sous la direction de Pierre Ogé. Une analyse visuelle fait penser le contraire. On connaît un monument sur lequel Ogé et Guibé ont travaillé de concert, c’est le tombeau de la famille Collin. La collaboration s’y exprime simplement : sur une stèle de granit, deux médaillons de bronze sont insérés, le premier signé Ogé, le deuxième Guibé, et l’affaire est dite. D’ailleurs l’écriture des deux bas reliefs n’est clairement pas de la même main. Il n’y a rien de comparable dans le mausolée du chanoine. Il est visiblement pensé et façonné d’un seul tenant, d’un seul jet et d’une seule main. Il y a peut-être une explication simple, Guibé homme en instance de divorce, n’est plus le bienvenu dans cette église qu’il a embellie. Quant à son ami et collègue Ogé, pour sa part, il a continué à travailler sur la basilique Notre-Dame de l’Espérance, dont il a sculpté le tympan et un saint Pierre en bronze. D’ailleurs les paroissiens ne prendront pas de gants avec Guibé, attribuant carrément la chaire à Chapu, ne lui laissant le soin que de l’exécution. C’est tout à fait contradictoire avec le fait que la chaire soit signée du seul et unique Guibé, mais cela donnait probablement du sel à la visite. On peut imaginer que le mausolée ait subi le même sort à l’avance. Peut-être qu’Ogé a trouvé là le moyen de confier discrètement un travail à son ami ? Quoiqu’il en soit Guibé laisse encore des traces dans les années qui suivent. Outre ses multiples participations aux Salons de Paris, on le voit renouveler des demandes de subventions au conseil général, en 1886, cette fois pour son fils qui fera carrière de violoncelliste. Paul Guibé lui-même tâtait de cet instrument mais aussi du piano.

[modifier] 1886-1907 : divorce, Oran, Paris, libre pensée.

On l’a vu, la clientèle de Guibé est constituée de l’église et d’hommes d’église. Sa vie tout autant professionnelle que familiale bascule donc brutalement en 1886 quand il divorce d’Eugénie Lebreton de qui il a déjà trois enfants. 1886 le voit aussitôt épouser Jeanne-Marie Alombert, veuve rentière briochine, installée à Paris. C’est un peu après cette date qu’il part pour l’Algérie. En effet, en 1889, il y reçoit le titre d’officier d’académie (un grade des palmes académiques). C’est donc qu’il y enseigne.

De cette date Paul Guibé est brouillé avec sa famille. À tel point qu’à la lecture du faire-part de mariage de sa fille en 1891, on constate qu’il n’y est même pas cité. Pourtant elle se marie avec le fils d’Henri Arondel, un autre artiste breton de Saint-Malo. C’est peu de dire qu’il a coupé les liens avec sa vie passée.

[modifier] Fronton du palais de justice d'Oran

Façade du palais de justice d'Oran. avant 1903.
Façade du palais de justice d'Oran. avant 1903.

On sait qu’il enseigne à Oran, mais il poursuit néanmoins son travail de sculpteur. En avril 1890 on le retrouve en train de demander des subsides à un conseil général : celui du département d’Oran. On comprend qu’il estime avoir été insuffisamment payé pour la réalisation d’un groupe sculpté au fronton du nouveau Palais de Justice de la ville. Il réclame 3.500 francs (ce qui représente une coquette somme : 6 ans de salaire d’un facteur parisien, encore ne s’agit-il que d’un complément pour ses émoluments).

Non seulement cette demande n’aboutit pas, mais le groupe sculpté est l’objet d’une polémique qui remonte dans la presse locale. Si l’architecte du Palais de Justice le soutient dans sa demande de subvention, dès le mois suivant en mai, les deux hommes paraissent brouillés. Guibé a fait mentionner le groupe sculpté dans le catalogue du Salon à Paris, et en réclame la paternité. Ce qui n’est pas du goût de l’architecte, qui a du dessiner les esquisse de la sculpture. Cela lui vaut un entrefilet fielleux dans le Journal d’Algérie :

M. Guibé, de Saint-Brieuc. concourt pour le fronton du Palais de Justice d’Oran. Il nous est impossible de rendre compte de cette œuvre qui n’est pas exposée, bien que figurant au catalogue ; nous ferons simplement remarquer qu’elle ne peut être attribuée uniquement à M. Guibé, puisqu’elle est commune à M. Guibé qui l’a exécutée, et à M. Brunie, agent-voyer en chef du département d’Oran, et architecte du Palais-de-Justice, qui, en étant le maître de l’œuvre, se trouve en être forcément l’inspirateur, le véritable producteur artistique.

Quant à la sculpture proprement dite, c’est une Justice protégeant un gaulois moustachu, lequel tiens par la main un algérien en burnous. Allégorie coloniale cette fois ci. On voit d’après les photos anciennes et contemporaine qu’il s’en est fallu de peu que la statue disparaisse. Le fronton proprement dit est manquant et la justice a perdu sa main droite.

Le catalogue du Salon donne une adresse pour chacune de ses participations. Il est donné habitant chez quelque parisien jusqu’en 1900. Par contre en 1905, c’est lui qui habite au 32 boulevard Beaumarchais (sans qu’il soit noté chez M. Untel). Petit immeuble chic à deux pas de la Bastille: l’argent n’a pas l’air de manquer.

Sa vision du monde a dû un tantinet changer : les actes du Congrès de Paris de la libre pensée, le citent parmi les congressistes du 3 au 7 septembre 1905. C’est une organisation principalement anti-cléricale, qui compte des partisans de divers horizons, dont des anarchistes notoires. Guibé avait le sens du réseau (on le voit à travers ses participations à des sociétés savantes, ses multiples demandes de subventions, son accès aux commandes publiques et religieuses). À coup sur évincé brutalement par ses relations catholiques, et déçu de son expérience algérienne, il se jette dans le bain de l’action politique anticléricale... Dans le même temps, la société bien-pensante briochine le lui rend bien : sa chaire monumentale est attribuée à Chapu ou à Ogé suivant les documents qu’on trouve...

[modifier] 1907-1922 un long silence.

Médaillon bronze 1916
Médaillon bronze 1916

On ne trouve plus (pour l'instant) de trace écrite de Guibé après 1907.

Une contribution d'internaute montre le médaillon ci-contre. Aucun doute, c'est bien la bonne signature. Le matériau (visiblement un bronze à la cire perdue d'après un modelage en terre) et la date (1916) posent question: où Guibé (et son client...) trouvent ils un fondeur et du bronze en plein milieu de la première guerre mondiale?[2] Ou bien, a-t-il réussi à garder le modelage en bon état pour en tirer la fonderie en une période plus clémente? Mais aussi: de qui est-ce le portrait?

Hormis cette question, il faut bien remarquer la qualité aiguë du dessin, l'attention acérée au détail du modelé. Il est en pleine possession de ses moyens.

Une dernière réalisation, de 1921 sort de l’ombre, il s’agit d’un médaillon, enchâssé dans une stèle du cimetière de Gentilly, qui tourne le dos à l’actuel stade Charletty. C’est le portrait d’un autre musicien : Louis Millet. La facture en est empâtée, loin de la verve des années 1878. Il a dû regarder passer les avant-gardes artistiques du début de siècle, mais d’assez loin. On sent bien qu’il essaye de laisser apparaître les traces du grattoir, pour faire moderne… sans conviction. Il décède l’année suivante dans la station du métro Étoile.

[modifier] Statuaire ou sculpteur ?

Deux faits sont à noter encore. D’abord que les journaux et les catalogues, qu’ils soient américains, algériens ou français parlent presque systématiquement de Paul Guibé de Saint-Brieuc. C’est probablement la marque d’un attachement fort du bonhomme à sa ville natale. L’autre point est le fait qu’il est souvent mentionné comme statuaire, alors que lui même va jusqu’à inscrire sculpteur dans la signature de son acte de mariage. La querelle sur la paternité du fronton d’Oran est bien symptomatique de la fin d’une corporation d’artisans sculpteurs. Pas vraiment artistes mais aspirant à l’être, plus du tout artisans parce qu’exposant dans les Salons... Guibé est bien de cette génération là. Peut-être qu’une vie un peu plus posée lui aurait assuré une commande régulière, et une production plus suivie. Encore lui aurait il fallu passer la tourmente des mouvements d’avant-garde, chose à laquelle il n’aura pas eu à se confronter.

[modifier] Galerie : Œuvres connues

[modifier] Crédits photo

[modifier] Voir aussi

[modifier] Notes et références

  1. *Voir sur cette page : Paul Guibé Chronologie détaillée, les sources documentaires, qui ne sont pas intégrée dans la présente notice)
  2. Le même internaute, dans l'article consacré à Guibé dans Wikipédia, précise que ce bronze est actuellement à Hambourg...

[modifier] Remerciements

Jean-Yves Thomas qui anime Bretagneweb qui est allé jusqu'à faire spécialement des photos au téléobjectif pour décripter les signatures des statues de la façade du théâtre de Saint-Brieuc.

Marie-Thérèse Donval-Duclos pour sa base de donnée pléthorique.

Anne Marie-Charles (le Mohair du pays de Corlay), pour la photo de la Chaire de l'Église du Haut Corlay.